En Basse-Normandie, la coordination entre médecins et infirmiers pour le suivi des seniors repose de plus en plus sur des outils numériques, qui facilitent la transmission sécurisée d’informations, l’accès partagé aux dossiers médicaux, et le suivi à distance des patients.
  • Des plateformes régionales comme ViaTrajectoire et les Dossiers Médicaux Partagés améliorent la circulation de l’information et la décision partagée.
  • Les messageries sécurisées de santé (MSSanté) sont devenues incontournables pour échanger ordonnances et comptes rendus en toute sécurité.
  • Des solutions de téléconsultation et de télésuivi telles que Omnidoc ou Parcours+ optimisent la prise en charge des situations complexes à domicile.
  • La standardisation, l’interopérabilité des systèmes, et l’accompagnement des usages restent des défis locaux pour maintenir la qualité du lien humain et la pertinence des outils.
La région Basse-Normandie s’illustre ainsi par une diversité d’initiatives et un maillage toujours plus dense de solutions numériques au service du bien vieillir et de l’autonomie.

Un contexte régional en mutation : le virage numérique du parcours de soins des seniors


La Basse-Normandie, couvrant les départements du Calvados, de la Manche et de l’Orne, fait face à un vieillissement marqué : en 2023, près de 27% de la population régionale a plus de 60 ans (source : INSEE). La majorité de ces seniors exprime le souhait de rester à domicile aussi longtemps que possible. Or, leur accompagnement mobilise une pluralité d’acteurs, souvent dispersés : médecins traitants, infirmiers libéraux, équipes mobiles, hôpitaux, pharmaciens, auxiliaires de vie, etc.

La coordination est cruciale ici, tant pour prévenir les ruptures de parcours que pour réagir aux situations aiguës. Les outils numériques partagés répondent à trois enjeux majeurs :

  • Faciliter la circulation de l’information médicale entre soignants.
  • Sécuriser les transmissions et garantir la confidentialité des données.
  • Assurer la traçabilité et l’efficience des interventions à l’échelle du territoire.
Ces outils s’appuient sur des dispositifs locaux mais aussi sur des plateformes nationales adaptées aux pratiques régionales.

Le Dossier Médical Partagé (DMP) : brique nationale, intégration régionale


Le Dossier Médical Partagé (DMP) constitue l’un des socles de la coordination en santé. Ouvert par l’Assurance Maladie, il centralise des données clés : antécédents médicaux, traitements, comptes rendus de biologie ou d’hospitalisation, etc. Les professionnels autorisés – médecins, infirmiers, coordinateurs – y accèdent via Pro Santé Connect (le portail sécurisé de l’Assurance Maladie) ou directement depuis leur logiciel métier.

En Basse-Normandie, selon les chiffres 2023 du Groupement Régional d’Appui au Développement de la e-Santé (GRADeS Normandie), plus de 60% des seniors pris en charge en établissement ou à domicile disposent d’un DMP activé. L’intérêt principal, côté infirmier libéral, réside dans l’accès rapide à l’historique du patient, ce qui évite les appels multiples et la ressaisie des informations. Les médecins apprécient, de leur côté, la possibilité de laisser des consignes ou de suivre en temps réel l’évolution d’un traitement.

Toutefois, pour tirer pleinement profit du DMP, il est indispensable que chaque acteur alimente régulièrement le dossier, ce qui suppose de bonnes pratiques et un temps de formation initial non négligeable.


La messagerie sécurisée de santé (MSSanté) : l’indispensable pour des échanges rapides et confidentiels


La messagerie sécurisée de santé (MSSanté) est aujourd’hui un outil incontournable pour communiquer entre soignants, notamment dans le suivi quotidien des seniors. Contrairement aux mails classiques, elle répond aux exigences de confidentialité du RGPD et du Code de la santé publique.

  • Transmission d’ordonnances et de résultats biologiques.
  • Sollicitations d’avis entre médecin et infirmier sur la gestion d’un symptôme nouveau.
  • Partage de modèles de protocoles ou de plans de soins.

En Basse-Normandie, la plupart des cabinets médicaux et de soins infirmiers utilisent au moins une solution de type MSSanté, souvent intégrée à leur logiciel métier ou accessible via une application mobile – par exemple Apicrypt, Mailiz ou MSSanté Webmail.

Selon une enquête menée par l’URPS Infirmiers Normandie en 2022, plus de 75% des infirmiers libéraux déclarent échanger au moins une fois/semaine avec un médecin via MSSanté. Mais des disparités persistent : certains professionnels, notamment en zones rurales ou âgés de plus de 55 ans, rapportent rencontrer des difficultés dans la prise en main ou dans l’intégration de la messagerie à leurs flux de travail quotidiens.


Des plates-formes régionales spécifiques : ViaTrajectoire et Parcours+


ViaTrajectoire : fluidifier l’orientation et l’admission en établissement

Déployée partout en Normandie, la plate-forme ViaTrajectoire (solution nationale mais opérée régionalement) joue un rôle central dans l’orientation des personnes âgées vers les établissements (EHPAD, SSR). Elle permet aux médecins et infirmiers :

  • de créer un dossier numérique partagé pour le résident,
  • d’échanger des avis sur le mode d’admission ou le choix de l’établissement,
  • d’intégrer en temps réel les données médicales et sociales,
  • de suivre l’état d’avancement du dossier et d’améliorer la réactivité.
Cette solution s’avère précieuse lorsqu’il s’agit d’éviter les hospitalisations inutiles ou de préparer, de façon collective, le transfert d’une personne fragile.

Parcours+ : coordonner la prise en charge complexe à domicile

Initiative régionale du GRADeS Normandie, Parcours+ s’adresse avant tout aux professionnels confrontés à des situations complexes : multi-pathologies, perte d’autonomie rapide, aidants épuisés. Le principe : centraliser, pour chaque patient, les plans de soins, observations, alertes, et comptes rendus d’intervenants multiples (médecin traitant, infirmier, ergothérapeute, assistante sociale…).

Parcours+ propose une interface collaborative : chaque acteur voit les dernières observations de ses collègues, reçoit des notifications si un changement important survient (dégradation de l’état général, accident domestique, etc.), et peut demander l’avis d’un autre professionnel. Cette coordination digitale vise à anticiper plutôt que subir l’aggravation des situations à domicile.

Actuellement, plus de 150 structures du médico-social et plusieurs centaines de professionnels libéraux sont connectés sur Parcours+ en Basse-Normandie. Les retours d’expérience soulignent l'apport en termes de prévention des ruptures d’accompagnement, même si l'ergonomie de la plateforme reste perfectible.


Autres outils émergents : téléconsultation, télésuivi et applications de coordination


Le boom de la téléconsultation, amplifié en 2020 lors de la crise sanitaire, a favorisé l’apparition de solutions simples et sécurisées pour les seniors. En Basse-Normandie, des outils comme Omnidoc (avis spécialisés entre professionnels), Medaviz, et des applications dédiées (compte-rendu de passage à domicile, carnet de liaison numérique avec l’entourage) sont en déploiement dans plusieurs réseaux de soins à domicile.

  • Pour une personne âgée dépendante, l’infirmier utilise son mobile ou sa tablette pour transmettre en direct photo d’une plaie, relevé de paramètres ou question clinique – le médecin spécialiste répond dans la journée.
  • Les plateformes de télésuivi proposent un tableau de bord partagé en temps réel, repérant automatiquement les signes d’alerte (perte de poids, chutes, etc.), permettant d’ajuster au plus près la fréquence des interventions ou même de déclencher une visite urgente.

Certaines solutions régionales, telle que Télégéria (dédiée à la télé-expertise gériatrique), poursuivent leur expérimentation avec des EHPAD ou des maisons de santé locales. Ces outils nécessitent toutefois un accompagnement des professionnels et la sensibilisation des familles pour en garantir l’adoption : la fracture numérique reste un risque réel pour les usagers âgés.


Freins, leviers et perspectives régionales pour une interopérabilité accrue


Si la palette d’outils disponibles s’élargit, l’enjeu central demeure l’interopérabilité : aussi bien au niveau technique (les systèmes doivent se parler) qu’au niveau humain (les acteurs doivent se faire confiance et intégrer l’outil dans leur pratique).

Les freins identifiés en Basse-Normandie rejoignent ceux de l’ensemble du pays, à quelques spécificités près :

  • Des disparités d’équipement informatique, plus marquées en zones rurales ou chez certains professionnels isolés.
  • Des temps de formation souvent jugés insuffisants (hors personnel hospitalier) – l’accompagnement au changement reste indispensable.
  • La multiplicité des logiciels métiers : difficultés d’export ou de synchronisation avec les plateformes régionales ou nationales.
  • Des exigences réglementaires et de sécurité parfois perçues comme complexes, voire anxiogènes.
Mais le GRADeS Normandie et l’ARS mènent depuis 2022 des campagnes de formation et de soutien aux usages, avec des webinaires réguliers, l’installation de “pairs aidants”, et des aides à l’achat de matériel.

À l’inverse, les leviers existent :

  • Appétence croissante des professionnels jeunes et des structures d’aide à domicile structurées.
  • Baisse de la fracture numérique parmi les seniors (près de 60% équipés d’un smartphone ou d’une tablette en 2023 selon l’INSEE).
  • Des coopérations locales exemplaires (comme le réseau CHU de Caen / SSIAD Manche), qui servent de laboratoire de bonnes pratiques et de mutualisation.
Plus généralement, le réflexe “partage numérique” devient peu à peu une norme, accélérée par la crise Covid et le besoin d’accès rapide à l’information santé.

Vers un écosystème coordonné pour le bien vieillir : des outils, mais surtout du sens


L’avenir régional de la télésanté, orientée vers le maintien de l’autonomie, passera par trois chantiers prioritaires :

  • L’harmonisation des outils numériques autour de référentiels communs, pour que l’ensemble du parcours de soins soit lisible et accessible.
  • L’association, dès la conception de ces dispositifs, des usagers et des familles, pour garantir l’acceptabilité et l’utilité réelle des solutions (principe du “design centré patient”).
  • Le maintien d’une forte dimension humaine et relationnelle dans l’utilisation de la technologie : la dématérialisation ne doit jamais remplacer, mais bien accompagner le lien de confiance entre seniors, médecins et infirmiers.

En Basse-Normandie, la dynamique enclenchée est déjà tangible : des outils performants existent, l’engagement des professionnels est là, mais la qualité du service rendu dépendra de la capacité à faire dialoguer systèmes et humains dans un réel esprit de coopération. Le numérique, à condition d’être bien pensé, est un accélérateur d’autonomie et un tisseur de liens.

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