Entre défi démographique et transition numérique : pourquoi les aidants familiaux sont-ils clés dans le bien vieillir ?


En Basse-Normandie, la part des personnes âgées de 65 ans et plus frôle les 25 % de la population (Insee, 2023). Face à cette évolution, les aidants familiaux – qu’ils soient enfants, conjoints, voisins ou amis – assurent un rôle pivot dans l’accompagnement du vieillissement à domicile. Selon l’Observatoire Basse-Normandie Autonomie, environ 60 000 personnes apportent une aide régulière à un proche âgé ou en situation de handicap, bien souvent sans formation spécifique.

Parallèlement, la télésanté – regroupant télémédecine, téléconsultation, téléassistance et télésurveillance – s’impose comme un relais essentiel pour répondre au défi du maintien à domicile et de la coordination des soins. Pourtant, malgré l’essor de ces solutions, leur adoption reste conditionnée à la capacité des aidants et des seniors à s’en emparer – qu’il s’agisse de consulter à distance, de gérer un dossier médical partagé ou d’utiliser des objets connectés.

D’où l’enjeu : former les aidants familiaux, pour éviter la double fracture – numérique, et sociale. Car une télésanté déployée sans accompagnement réel peut accentuer l’isolement, alors qu’une formation adaptée renforce l’autonomie, la confiance et la sécurité pour tous.


Télésanté : des outils en plein essor mais souvent sous-utilisés


Les outils numériques de santé ne cessent de se diversifier, mais leur usage effectif au domicile d’un senior reste très variable en fonction des territoires, des ressources familiales et du niveau de familiarité des proches avec ces solutions. Voici un panorama des dispositifs les plus fréquemment rencontrés en Basse-Normandie :

  • La téléconsultation : accès à un professionnel de santé à distance, via ordinateur ou tablette, parfois depuis un point relais dans la commune.
  • Les plateformes de coordination : applications pour gérer les rendez-vous, partager des informations entre aidants et soignants, suivre les prescriptions.
  • La téléassistance et la téléalarme : dispositifs connectés (bracelets, médaillons, boîtiers) permettant d’alerter un plateau d’écoute en cas de chute ou d’incident.
  • Les objets connectés : tensiomètres, balances, glucomètres envoyant des données directement à l’équipe soignante.
  • Le Dossier médical partagé (DMP) : archivage électronique sécurisé des informations médicales du senior.

Malgré leur utilité, moins de 40 % des seniors français déclaraient en 2022 utiliser au moins une solution numérique de télésanté, et ce chiffre chute à moins de 15 % chez les 75 ans et plus (Baromètre France Assos Santé, 2022). La principale raison : un manque d’accompagnement à la prise en main, souvent renforcé par l’appréhension technologique des proches eux-mêmes.


Pourquoi et comment former les aidants familiaux ?


La formation des aidants familiaux représente un investissement stratégique pour le territoire : elle permet non seulement d’améliorer le recours aux dispositifs existants, mais aussi de limiter l’épuisement, la charge mentale, et de fluidifier les échanges interprofessionnels autour du proche accompagné.

Les enjeux de la formation

  • Autonomiser l’aidant : lui donner les clés pour comprendre, choisir et manipuler les outils adaptés, sans ressentir de dépendance vis-à-vis de l’entourage ou des soignants.
  • Sécuriser les pratiques : faire connaître les bonnes conduites en matière de confidentialité, gestion des accès et prévention des arnaques (phishing, faux services d’assistance).
  • Favoriser la coopération : rendre possible un partage d’information fluide avec l’ensemble de l’écosystème médical et social (infirmier à domicile, médecin traitant, coordonnateur de parcours, etc.).
  • Soulager la charge émotionnelle : rassurer face à la technologie, mais aussi créer des espaces d’échanges entre pairs pour rompre l’isolement des aidants.

Principes d’une formation efficace

  • Des modules courts et concrets, centrés sur le quotidien des aidants.
  • Des ateliers pratiques, avec possibilité de manipuler le matériel ou la plateforme dans des conditions réelles ou simulées.
  • Un accompagnement progressif, adapté au niveau de départ de chaque aidant.
  • Des supports écrits et des tutoriels vidéos, accessibles à tout moment pour réviser ou rassurer.
  • La possibilité de poser des questions en direct à un professionnel, ou d’intégrer un groupe d’entraide local.

Cartographie des initiatives et ressources en Basse-Normandie pour la formation des aidants


La Basse-Normandie dispose d’un tissu associatif et institutionnel particulièrement actif : de nombreux organismes se sont engagés, ces dernières années, dans la création de modules sur-mesure, en partenariat avec l’Agence Régionale de Santé Normandie, les collectivités et les plateformes de répit.

Ressource Initiateur / Partenaire Type de formation Particularité
Les ateliers « Aidants connectés » France Alzheimer Calvados, ADMR Manche Ateliers en petits groupes, en présentiel Focus sur les outils de téléconsultation et la protection des données
Formation « Aidants numériques » RAS' le bol des aidants (Caen), CCAS locaux Formations courtes, e-learning et animées en mairie Accompagnement personnalisable et prêt de matériel
Plateforme « Ma Boussole Aidants » ARS Normandie, CARSAT Guide en ligne, cartographie des outils locaux Recensement actualisé des offres de formation en Basse-Normandie
Solidarité Numérique Collectivités territoriales, Agence Nationale de la Cohésion des Territoires Hotline, tutoriels en ligne, ateliers édités localement Accessible sans inscription, sur tout le territoire
Conseillers numériques France Services Préfecture, Communautés de communes Permanences individuelles ou de groupe Aide à la création de comptes, manipulation de DMP, mise en relation avec des ateliers spécialisés

Bonnes pratiques pour une formation réussie auprès des aidants en Basse-Normandie


  • Impliquer l’aidant dès la conception : les thèmes de formation doivent répondre à des préoccupations réelles : comment renouveler une ordonnance en ligne, accéder aux résultats d’examen, alerter le médecin en cas d’urgence, etc.
  • Privilégier la proximité : formations organisées à l’échelle de la commune ou du quartier, en s’appuyant sur les infrastructures existantes (France Services, associations locales, mairies).
  • Miser sur la complémentarité des formats : alternance de modules en présentiel, distanciel, supports vidéo, fiches mémo imprimées… et rappels téléphoniques si besoin.
  • Accompagner la première utilisation à domicile : la visite d’un conseiller ou d’un assistant social peut rassurer et vérifier le bon fonctionnement du matériel.
  • Soutenir par le collectif : les groupes d’entraide entre aidants, expérimentés ou débutants, permettent de partager des astuces et de lever plus facilement les blocages.
  • Former aussi sur les risques : sensibilisation aux arnaques, respect de la vie privée et bonnes pratiques de sécurité minimale (codes d’accès, actualisation des logiciels).
  • Assurer un suivi : proposer des permanences régulières, des ateliers de « remise à niveau », notamment lors des évolutions technologiques ou réglementaires, est essentiel pour entretenir la confiance dans la durée.

Questions fréquentes et freins exprimés par les aidants : éléments de réponse


De nombreux aidants hésitent, parfois durablement, à utiliser les services de télésanté : peur de mal faire, crainte de l’erreur, ou simple absence d’accès à un équipement adapté. Voici quelques réponses issues du terrain :

  • « Et si je fais une erreur sur le logiciel ? » Les plateformes de santé conformes à la réglementation sont conçues pour limiter les risques. Les erreurs d’usage n’entraînent aucune sanction : la plupart du temps, un message d’alerte s’affiche et il est possible de revenir en arrière facilement.
  • « Je n’ai pas d’ordinateur à la maison » Beaucoup d’ateliers en Basse-Normandie prêtent du matériel le temps de la formation ou orientent vers les points France Services où des équipements sont disponibles gratuitement.
  • « Puis-je vraiment aider mon proche sans risquer de me tromper ? » Les professionnels (médecins, pharmaciens, infirmiers) peuvent valider les démarches entreprises à distance et répondre rapidement aux questions. Les plateformes favorisent la traçabilité pour corriger toute incohérence.
  • « Les données médicales de mon parent sont-elles en sécurité ? » Les dispositifs utilisés en France sont soumis à la réglementation sur le secret médical et protégés par le RGPD. Les ateliers locaux abordent de manière très concrète la gestion des accès et les bonnes pratiques.

Pour aller plus loin : des pistes concrètes pour renforcer l’impact local de la formation


Face au vieillissement de la population en Basse-Normandie, le développement de formations continues, co-construites avec les aidants et les seniors eux-mêmes, apparaît indispensable pour éviter que le virage numérique ne se solde par de nouvelles inégalités. Plusieurs leviers peuvent être mobilisés :

  • Démultiplier les partenariats entre associations d’aidants, établissements de santé et collectivités pour relever les besoins au plus près du terrain.
  • Valoriser la création de « pairs-formateurs » : des aidants expérimentés animent à leur tour des sessions, en transmettant leurs astuces et leur vécu.
  • Expérimenter des chèques « formateurs numériques » financés via la Conférence des financeurs pour démocratiser l’accès, quelle que soit la situation financière de l’aidant.

En s’appuyant sur une solide dynamique locale, Basse-Normandie peut devenir une référence dans l’accompagnement humain de la télésanté. Favoriser l’autonomie des personnes âgées, cela passe toujours et avant tout par la montée en compétences de leur entourage.

Sources : Insee (Portrait social des départements normands 2023), ARS Normandie, Solidarité Numérique, France Alzheimer, Baromètre France Assos Santé 2022.

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