Introduction : la télésanté, un enjeu régional partagé


La télésanté s’impose désormais comme une composante majeure de l’offre de soins et d’accompagnement, en France comme en Basse-Normandie. Cette région, avec une population dont plus d’un quart a plus de 60 ans (INSEE), doit concilier deux réalités : un maillage territorial rural marqué – éloignant parfois les aînés des structures sanitaires – et la fragilité numérique d’une partie de ses habitants. Dans ce contexte, le rôle des aidants, ces proches qui viennent quotidiennement en soutien des personnes âgées, devient essentiel pour garantir l’accès à la télésanté. Leur accompagnement s’avère décisif, tant pour les usages concrets que pour instaurer la confiance indispensable à la réussite des dispositifs.


Mieux comprendre les aidants en Basse-Normandie


Avant d’analyser leur rôle dans la télésanté, il est utile de préciser qui sont ces aidants. Selon la DREES (DREES), 9 millions de Français accompagnent un proche en situation de maladie ou de perte d’autonomie. Leur profil ? Majoritairement des femmes (58 %), d’âge mature (plus de 50 % ont plus de 50 ans) et souvent membres de la famille (conjoints ou enfants). En Basse-Normandie, le contexte rural amplifie encore leur poids dans la compensation de l’isolement, tant géographique que social.

Leur mission, loin d’être limitée à la sphère domestique, les place au cœur des enjeux de santé numérique – et ce, souvent sans formation initiale, ni reconnaissance suffisante. C’est dans cette réalité quotidienne que prend forme l’accompagnement à la télésanté.


La télésanté chez les seniors : promesses et obstacles repérés


La télésanté, entendue comme « ensemble des pratiques de soins et de suivi à distance par les technologies numériques », vise à rapprocher médecine et usagers. Elle prend de multiples formes : téléconsultations, télé-expertises, téléassistance ou suivi connecté des constantes. En Basse-Normandie, les projets foisonnent (ex : solutions d’e-parcours, bornes connectées en EHPAD, plateforme de coordination territoriale), mais rencontrent des barrières spécifiques chez les plus âgés :

  • L’illectronisme : près de 16% des seniors présentent des difficultés majeures d’usage du numérique (Générations Mutuelle).
  • L’appréhension vis-à-vis du digital : peur de se « tromper » ou de mal faire, crainte de la perte de lien humain.
  • La fracture d’accès : territoires encore mal couverts par l’ADSL/fibre, coût d’équipement, ergonomie des dispositifs parfois inadaptée.

Dans ce contexte, les aidants deviennent le trait d’union incontournable entre la solution technologique et la personne âgée.


Le rôle irremplaçable des aidants : interface humaine et technique


L’accompagnement technique au quotidien

L’utilisation d’un outil de télésanté ne va pas de soi. Pour un senior peu familiarisé avec les interfaces numériques, chaque étape peut être source de difficultés : installation de l’application, création d’un compte sur une plateforme, configuration de webcam ou de micro, gestion du mot de passe… Les aidants interviennent à chaque maillon de la chaîne, souvent en amont même du rendez-vous médical :

  • Aider à charger et mettre à jour les applications nécessaires.
  • Installer le matériel (ordinateur, tablette, smartphone, connexion internet).
  • Créer les identifiants et conserver en sécurité les mots de passe.
  • Guider le senior lors de la prise de rendez-vous ou de la navigation sur la plateforme de la Sécurité sociale.

Une étude menée en 2021 par Caisse d’Assurance Maladie confirme que 66% des actes de téléconsultations réalisés à domicile auprès des plus de 75 ans impliquaient explicitement la présence ou l’aide d’un proche (Assurance Maladie).

L’intermédiaire rassurant entre soignant et patient

S’il s’agit bien d’un saut technologique, la télésanté reste un acte de soin, impliquant confidentialité et compréhension des échanges. L’aidant joue un rôle d’interprète – au sens large. Il (ou elle) rassure, commente, facilite la relation avec le soignant distant, aide à reformuler la demande du senior, et parfois même à se souvenir des consignes. Ce rôle de « médiateur numérique et émotionnel » est souligné dans de nombreux retours d’expérience recueillis dans le cadre du projet Ma Santé 2022 en Normandie (ARS Normandie).

Exemple : Lors d’une téléconsultation pour renouvellement d’ordonnance, l’aidant pourra :

  • Préparer à l’avance les documents, la liste des médicaments, les antécédents médicaux.
  • Veiller au bon usage du micro, à la confidentialité de la pièce.
  • Aider la personne à s’exprimer, surtout en cas de troubles cognitifs ou sensoriels.
  • Noter les prescriptions, les numéros d’urgence, les prochains rendez-vous.

Les dispositifs locaux d’appui et de formation des aidants


Face à l’accélération des usages numériques, de nombreux acteurs se mobilisent pour former et soutenir les aidants bas-normands. Plusieurs dispositifs structurent désormais ce soutien, en s’adressant aussi bien aux aidants familiaux qu’aux tuteurs professionnels ou aides à domicile.

  • Points d’Appui Numérique pour les Aidants (PANA) : Ces espaces financés par l’Agence Régionale de Santé ou les Conseils départementaux proposent ateliers d’initiation, aide à l’équipement et accompagnement personnalisé autour de solutions de télésanté.
  • Pôles de Gérontologie et de Coordination : Ils centralisent des informations sur l’offre locale (téléconsultation en EHPAD, téléassistance pour le maintien à domicile) et co-organisent formations et réunions avec des partenaires locaux.
  • Associations d’aidants : France Alzheimer, AFAPEI, France Parkinson, etc., impliquent leurs membres dans des sessions de sensibilisation aux outils numériques sanitaires, en s’appuyant sur leurs réalités spécifiques (ex : personnes non communicantes, Alzheimer sévère…).

Selon un rapport de CNSA (2021), 72% des aidants en zone rurale expriment qu’ils manquent d’information sur les dispositifs de santé numérique (CNSA), preuve de l’importance de ces dispositifs d’appui.


Témoignages et cas concrets en Basse-Normandie


Pour prendre la mesure concrète de l’accompagnement des aidants, il est utile de donner la parole à des acteurs du terrain. En Basse-Normandie, plusieurs EHPAD ont choisi de déployer des bornes de téléconsultation, en s’appuyant explicitement sur les familles.

Structure Dispositif déployé Implication des aidants
EHPAD Les Coquelicots (Calvados) Tablette de téléconsultation dédiée Les familles accompagnent la prise de RDV, apportent le matériel le jour J au besoin
Maison de Santé de la Hague (Manche) Plateforme régionale de coordination numérique Aidants forment les seniors lors d’ateliers mensuels et testent avec eux les applis
Résidence Autonomie Cœur de l’Orne Parcours télémédecine en partenariat avec gérontologue Présence systématique des référents familiaux lors de la connexion initiale

Le point commun de ces démarches : l’inscription de la télésanté dans un parcours global, avec l’aidant comme pivot de la réussite.


Quels freins persistent pour les aidants ?


  • Lepoids de la charge mentale : Accompagner un proche dans la maladie, puis ajouter la complexité du numérique, peut générer fatigue et frustration chez l’aidant, souvent déjà sursollicité.
  • La méfiance sur la confidentialité : Certains aidants hésitent à ouvrir des comptes ou à stocker des données de santé sur des outils dématérialisés, par crainte du piratage ou d’une mauvaise utilisation.
  • Le manque de valorisation : Peu de reconnaissance institutionnelle du rôle d’interface numérique, encore moins de formation ou de compensation financière effective.

Des pistes émergent néanmoins : certains territoires engagent désormais des « aidants numériques de territoire » ou proposent des chèques “connexion” pour les proches aidants (Solidarités Numériques).


Perspectives pour un accès élargi à la télésanté en Basse-Normandie : la place de l’aidant reconnue et pérennisée


La généralisation de la télésanté ne pourra se faire sans un soutien accru et une reconnaissance du rôle clé des aidants. En Basse-Normandie, la dynamique partenariale (ARS, départements, structures de coordination, associations) commence à structurer un écosystème plus inclusif, capable d’adapter les outils aux réalités du terrain. Les prochaines années seront déterminantes pour :

  • Assurer une équité d’accès en renforçant le maillage de lieux ressources numériques accessibles partout sur le territoire, y compris en zone rurale isolée ;
  • Professionnaliser et soutenir les aidants numériques, en intégrant cette dimension dans la formation et la reconnaissance officielle ;
  • Développer, tester et promouvoir des solutions numériques “inclusives” co-construites avec les usagers et les aidants ;
  • Favoriser la coopération des acteurs médico-sociaux et des familles, pour garantir un accompagnement global du bien vieillir connecté.

Accompagner l’accès à la télésanté demeure, pour beaucoup d’aînés, une aventure collective où l’aidant est à la fois relais, pédagogue et défenseur d’un numérique plus humain. Faire vivre l’autonomie en Basse-Normandie, c’est donc reconnaître et outiller cette solidarité du quotidien, à la croisée des liens familiaux, de la santé, et du progrès technologique.

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